Millions de coeurs

Mes mots au fil des jours …

Une légion prête à affronter le monde

Au fil des siècles, ils ont toujours su combattre avec fougue naïve et méthode particulière. Et tel les 300 Spartiates venus défier des Perses inhumains, notre jeunesse saura, aussi, se dresser face à l’amertume du monde des grands.

Je ressens cette énergie qui n’a peur de rien. Ils dansent avec le côté obscur et se dandinent avec la force. Ils se permettent de croire en la sorcellerie pour vivre dans la magie.

Ces jeunes myrmidons s’élèvent face à des remparts virtuels sans avoir besoin de maîtres ni guides.

Leur insouciance devient destruction. Ils sont crédules de leur peur et ne craignent plus le mal.

A grands coups de phrases digitales dénouées d’orthographe, ils deviennent horde redoutée.

Ils ne respectent plus la hiérarchie de l’âge. La tenue vestimentaire est un instrument d’existence au sein de la tribu. L’action n’est plus la base du respect. L’image est puissante et que celui ou celle qui aura le plus de vues conquiert le monde comme Alexandre. Ces effrontés sont devenus invincibles car on les suit.

Leurs cerveaux surexcités sont connectés à un monde virtuel qui va toujours plus vite. D’une vidéo à une photo éphémère, ils aiment, détestent puis oublient sans transition. L’overdose de posts dyslexiques d’amour est proche…

Ils consomment la chair avant le sentiment. Ils expérimentent le charnelle avant la découverte du corps. Ils jugent avant de saluer. Ils se connaissent avant de se parler.

Et ces drogues rapides et excessives qui ne laissent que très peu de place à l’erreur les suivront au-delà de leurs chimères.

Le débit se doit d’être élevé et démesuré. Le partage de connexion se négocie pour s’apprivoiser.

La sensibilité ne se perd, cependant, pas. Elle existe à l’arrière des écrans. Elle demeure mais ils ne l’exposent plus. Il la conserve au fond de leur cœur pour la partager dans l’intimité la plus profonde. Ils ont bien compris que cette dernière pourrait être faiblesse dans ce monde de déjantés. Le doute somnole mais il ne fera pas de vague par crainte d’être exposé en place publique.

Leur carapace rugueuse les pousse à traverser les rues en défiant du regard quiconque croisera leur chemin. Ils sont prêts.

N’ayons crainte pour eux. Leur singularité si lointaine deviendra instinct de survie.

La guerre débute et les légions sont formées.

    Millionsdecoeurs 7

Les fruits de mes entrailles

Mes filles. Mon fils. Mes enfants.

Moi qui n’ai que le sang pour venir sceller nos liens, je ne peux vous dire que je vous aime car c’est bien plus que ça.

Je suis comme cet animal qui protège sa meute … sauvage … tapis dans l’ombre pour se méfier des malveillants et si l’on vient frôler votre honneur, je serais ignoble. A tous ceux qui vous bafouent, je me ferai bouclier sans réflexion, ordurier de sentiments.

A vos côtés pour soulager vos peines et faire briller vos joies.

Je m’efforce, avec la passion irraisonnée d’un fou, de vous apporter l’éducation qui vous permettra de quitter ce nid pour voler seuls dans ce monde rude et magnifique.

Pardonnez ces excès protecteurs et essoufflés pour m’assurer de votre destin.

Je vous partage mon monde, sans vous l’imposer, avec l’unique espoir qu’il comble votre jeune destinée.

Vous m’illuminez. Vous avez fait perdre l’ego d’un homme qui rêvait du regard d’autrui. La fierté empoigne mon âme et mes larmes deviennent bonheur.

Vous m’avez donné l’éternité, permis d’être à jamais.

Et je ne peux, cependant, pas dire que je vous aime car c’est bien plus que ça.

Tous ces instants de perfection si proches du paradis que vous m’offrez, sont l’écho de votre pouvoir. Démesuré.

Vos regards qui soulèvent le bonheur.

Vos sourires et ces trésors conquis.

Vos rires et ces bonhommes de neige.

Vos danses et ces spectacles.

Vos pleures et ces balades à vélo.

Vos peurs et ces batailles de glace.

Vos chagrins et ses bagarres dantesques.

Vos rêves et ces cache-cache.

Vos appels dans la nuit.

Vos espoirs.

Et je prendrai vos mains pour se retrouver sur ce fameux banc. On s’allongera dans l’herbe et l’on touchera les étoiles. On croira en la magie pour aller trouver le trésor au pied de l’arc-en-ciel.

Votre présence comme sens à mon existence.

Votre absence comme perte de ma raison.

Mes enfants. Mon immortalité.

Vous êtes les fruits de mes entrailles mais je ne peux vous dire que je vous aime … c’est bien plus que ça …

De ONE LOVE à EDEN KARMA20

Carrousel

Il y a ceux qui passent à côtés avec l’espoir caché. Ceux qui l’aperçoivent de loin en sachant déjà qu’il ne sera pas leur allié. Et il y a ceux qui savent depuis longtemps que les heures se figeront au gré de ses mouvements. 

Quelques-uns le mépriseront, beaucoup se déguiseront de leurs yeux brillants et certains crieront à ce capitalisme qui quémande l’argent pour octroyer l’oubli.

Allons-y sans se barder de réflexions perdues… Prenons un ticket…

La musique nous débarrasse de la foule qui respire aux alentours.

Et ça tourne, et ça enivre, et ça rend heureux.

Le carrousel illumine la place et ces sourires qui croient en la magie.

L’illusion du galop de ces chevaux de bois nous fait frémir. Ivre de joie, tu choisiras ce siège sculpté en animal mécanique pour chavirer dans l’aventure qui tourne en rond comme les tours effrénés du temps.

Un instant pour rien. Juste pour être bien.

Le destin comme cet immense carrousel ne cessent de froisser nos émotions.

Tu respires comme tu tournes.

Tu vis comme ces tours de manège.

Le carrousel est un peu la vie … juste un peu…

Triste. Heureux. Egaré. Joyeux.

Parfois tu perds le sens des choses et tu t’évades au-delà des maux.

Certains jours, tu oublies le temps.

Au milieu de secondes folles, seul ou accompagné, tu braves des minutes au-delà du commun.

Tu salues ceux qui sont autour. Tu te caches derrière ces objets de bois taillés pour te perdre dans tes aventures.

A la fin, tu es triste, heureux ou impatient de recommencer. Tu veux rejoindre les autres ou voler aussi seul que possible. S’interdire ou se permettre.

Et, tu reviendras car il te reste des jetons d’espoir.

Tu imagineras et tu rêveras au merveilleux.

Un jour, tes enfants prendront ta place et tu seras celui qui lève le bras quand tu apercevras ces rires qui ondulent et valsent pour ralentir dans une chevauchée aussi impermanente que l’existence.

Vous irez, ensuite, vers d’autres fantaisies pour oublier… puis se souvenir du carrousel … puis espérer … puis rêver … puis refaire un tour.

De ONE LOVE à EDEN KARMA89

Derrière la cascade, où tu peux réaliser tes rêves

C’est loin et si près à la fois. On l’aperçoit sans le voir. On l’imagine sans le croire. Là-bas, derrière la cascade… où il parait que tu peux réaliser tes rêves.

A l’envers du monde, bercé par le bruit soyeux de l’eau qui se perd dans les airs, nous rencontrerons, peut-être, ce dragon qui exauce les vœux … peut-être.

Et que dirons-nous alors ? Quel sera ce souhait le plus chère ?

Fermons les yeux et imaginons-nous derrière la cascade, ébloui par les pupilles allongées de ce dragon qui appelle au fabuleux.

Mes pensées s’évadent vers mon clan et s’éloignent de ce matériel grotesque mais protecteur.

Je leur laisserai leur vie pour imaginer la nôtre… Et je ferai ce vœu, aussi inutile que sublime, aussi futile que merveilleux … pour toi, pour nous.

Oh dragon, je veux l’aimer malgré les morts et autant de vies.

Je veux croire que nous avons traversé les époques et les lieux. Je veux cet amour sans fin qui file dans l’univers malgré ces lois démesurées. Comme deux poissons rouges dans ce petit bocal, comme ces deux roses sur la même tige, comme la reine et son roi, je veux que l’on s’invente et se réinvente encore et encore.

Oh dragon, je fais ce vœux …

Et il faudra, alors, quitter ce lieu magique.

Je passerai sous la cascade pour me laver du penchant funeste de se croire éternel. Je me purifierai alors et m’inonderai du précieux qui donne les larmes aux yeux.

Je n’avais que ce souhait … vivre à tout jamais à tes côtés ma bien-aimée.

Et même, si je m’invente tout ça afin d’espérer l’immortalité de notre amour.

Et même, si je m’invente tout ça pour croire que je ne te perdrais pas.

Et même, si je m’invente tout ça pour t’aimer encore plus longtemps.

Ce n’est pas grave, j’aurai vu le dragon derrière la cascade et je t’aurai aimé encore plus.

De ONE LOVE à EDEN KARMA88

L’homme, la truite et la rivière

Il était une fois, au bord d’une rivière, par un samedi après-midi heureux, ton regard se perdait dans les limbes de la nature. Il y avait toi, ta canne et le courant.

Le bruit soyeux de l’eau qui glisse sur les galets soignait les sens. Les oiseaux chantaient leur vie et le vent léger caressait nos visages.

Le gobage de la truite te vit, alors, renaître dans le monde commun.

Avec ton chapeau et ta veste verte, tu côtoyais, ainsi, la perfection.

Un combat épique contre cette vie venue du fond de l’eau a ébloui mon âme.

Tu savais tout. Tu prévoyais. Tu prenais de l’avance. Tu vivais. Tu illuminais les lieux. Tes déplacements au gré de ce poisson rebelle conviaient à une danse aquatique, un balai majestueux.

Malgré toutes ces couleurs qui font la force du vivant, le plus grand des artistes t’aurait peint sur une toile trop petite pour ce talent flagrant de beauté. Une communion insolente avec la rivière me rendit admiratif de cette personne sans artifices ni secrets. Tu resteras, à jamais, cet homme au chapeau qui savait dompter les poissons qu’il aimait tant.

Perdu de ton univers et si loin de ton étang ou de ta rivière, je demeure, malgré tout, convaincu que je pourrai relater ces secondes merveilleuses.

Je m’imagine grand-père calé auprès du feu. Mes petits – enfants qui m’entourent et veulent que je leur conte une belle fable. Je m’espère sourire avec sagesse et prendre une grande inspiration :

« Venez les petits. Asseyez- vous prêt de moi, je vais vous raconter une histoire. Elle s’appelle l’homme, la truite et la rivière.

… Il était une fois par un samedi après-midi heureux … »

De ONE LOVE à EDEN KARMA27

Souvenirs sur polaroid


Il y a ce son particulier qui sait figer l’instant. Ce déclic discret qui kidnappe le moment. Le polaroid glisse, alors, avec frilosité pour être secoué puis dévoilé au gré du bonheur éphémère mais dessiné pour toujours sur le papier argentique.

Comme il est beau mon château.

Ses tours majestueuses et gigantesques s’élèvent par-delà des remparts infranchissables. Le donjon illumine la plage. Les vagues viennent effleurer le sable fraîchement sculpté. Des douves creusées à la main laissent l’eau de mer entourer et caresser le monument. Le soleil dresse une lumière dorée qui fait scintiller les éléments.


Instantané de souvenir de vacances.


La lune attire la mer vers le lointain. Viens courir avec moi sur cette plage humide qui vit encore de tous ces crustacés affolés par la perte de leur paradis. Tes rires feront écho à notre solitude d’heureux qui n’ont que le temps comme ennemis. Nos pas s’effacent sous les vagues et tes cris se perdent dans le vent.


Le polaroid cristallise cette chevauchée effrénée vers le couchant.

On t’enterre sous des tonnes de sable. Les rires côtoient, alors, un visage terrifié par la peur enfantine de rester emprisonné à tout jamais et livré à une marée redoutable.


On immortalise le moment … et nous en rirons plus tard.

Et il y aura ces vagues, ces sauts et toutes ces tasses salées.

Ainsi, ces images anciennes, chaudes de cette couleur jaunie, pourront conserver ce rêve, les sourires et ces secondes où nous étions tout simplement beaux. Un peu flou et magnifiquement réel.


On va chercher des coquillages ? Peut-être que l’on trouvera des trésors.
Tout est possible sur la plage et nos mémoires conservées par le polaroid ne feront que graver les couleurs de la magie du lieu… pour toujours.


De ONE LOVE à EDEN KARMA 30

« Les misérables »

L’art cinématographique n’est pas à la fête en ces temps confinés et les agréables surprises deviennent rares. Les salles sont fermées et nos Netflix, My canal ou Disney + ne sont que des sursauts de rêves pour des œuvres anciennes qui ne connaissent plus la surprise.

Et je suis passé à côté du film « Les misérables » – 2019 – …

Une fois de plus, des préjugés m’ont guidé vers l’ignorance et je me suis éloigné. Je ne voulais pas revoir La Haine ni subir, une fois de plus, les éternels clichés de cette banlieue si distante de mon univers. Je ne voulais pas écouter les plaintes. Je ne voulais plus être ébloui par ceux qui attise une haine insupportable. Je me suis éloigné… Ignorant au même titre que ceux qui ont un avis figé sur les blessures de notre monde. Gavé des clichés qui cassent les liens.

Ainsi, l’autre soir, j’ai appuyé sur lecture sans trop comprendre pourquoi cette curiosité malsaine me guidait vers ces 103 minutes de cinéma français heureux de ces césars – meilleur acteur, meilleur réalisateur, meilleur espoir masculin – et de ce prix du jury à Cannes.

Très vite, j’ai compris que ce serait différent. Très vite, j’ai su que je serais happé par leur histoire, leur monde, leur vie.

Surgissant d’entre les meilleurs polars que la France fait si bien et l’univers de « La cité de Dieu » – 2002 de Meirelles et Lund, Ladj Ly nous offre une immersion sans concession dans ces deux journées de canicule estivale. Entre ces bâtiments, il y a une police à bout de souffle et triste. Il y a ces adultes qui se croient caïds. Il y a ceux qui se voudraient chef titubant de la clarté à l’obscurité. Il y ces croyants perdus et cachés derrière leur barbe. Et il y a ces gamins, ces « microbes » qui ne connaissent plus la compassion et la main tendue.

Les acteurs dressent une partition redoutable. On les aime. On les déteste. On les fuira sans doute. On les laissera dans leur enfer pour partir le plus vite possible et se satisfaire de notre monde.

Les personnages ne cesseront de voguer de la clarté à l’obscurité. Leur combat sera noble mais souvent vain. Du plus affolé au plus sage, on réalisera, très vite, que la vérité n’est pas gage de réussite. On comprendra que chacun tente de faire au mieux en protégeant les siens. La manière sera différente et l’attitude souvent inappropriée. Et à chaque instant, ils pourront basculer du mauvais côté…

Ce film offre la finesse de réflexion qui saura nous donner à penser. Victor Hugo le laissait entendre aux intellectuels de son époque mais « Les misérables » crache à la figure de tout le peuple les maux de la France : La religion, la tolérance, l’éducation, les banlieues, notre police, la famille, les cultures de chacun, les racines de tous et les valeurs d’un pays que nous aimons très fort.

Car souvenons-nous, il suffit d’un terrain de foot, d’un ballon et d’une victoire pour que l’on chante tous en cœur notre hymne. Ne soyons pas ces « mauvais cultivateurs » qui écœureront notre jeunesse de ce drapeau et des valeurs aussi belles qu’incapables de redonner le sourire à ce « microbe » qui pleure et qui deviendra aussi obscur que dangereux.

Un coup de cœur pour ma sensibilité. Un coup de poing pour tous. Une histoire qui ravive les énergies. Le cinéma français est en vie et de nouveaux artistes frappent à la porte. Il faut les accueillir et évincer ces idées toutes faites porteuses d’ignorance.

« Les misérables » sont à l’image de la France : Empli force, Violent, bardé de revendications, imparfait, rempli d’espoir et sans concessions.

Millionsdecoeurs 52

Toboggan

A Prugny, le 10 Février 2021

Mamie,

Tu es si loin et je t’écris cette lettre sans trop savoir si tu pourras la lire. …

Il faut, pourtant, que je te griffonne ces quelques mots car le monde est devenu étrange.

Insulter. Crier. Haïr. Les verbes sont au bord du gouffre, il ne reste plus qu’à les baver et ne plus espérer. Je balbutie et me perds dans une foule devenue hystérique. Chacun cherche à se plaindre. Tous s’érigent en défenseur et balancent des avis qui sont toujours mieux que ceux du voisin.

Et voilà qu’un si petit virus nous ôte nos sensibilités. On ne peut plus s’embrasser et se regarder rire. Les gens deviennent méfiants et la peur nous enferme dans nos maisons.

Crainte de cette vie que mes enfants devront subir et ne plus partager.

On devrait partir, s’enfuir et s’envoler au-delà de cette hypocrisie qui rassure tant les égos. La saleté et l’odeur de la défaite flânent sur nos regards ternes. Je suis triste mamie.

Je ne sais pas si c’est pareil chez toi, mais je voudrais tant apercevoir l’éclaircie qui suit la tempête.

Je me souviens de ces journées où je descendais dans ce toboggan pour atterrir dans tes bras. Tous ces autres instants qui ont bercés ma jeunesse de naïf heureux me poussent tant à retourner là-bas … vers ce toboggan…avec toi… dans ce pré où il suffisait de respirer pour être heureux.

Je lèverai bien la tête pour distinguer l’arc-en-ciel qui fend un horizon poignardé par le pessimisme.

Éclaboussé par la clarté, j’irai, alors, me noyer dans ses couleurs limpides. Les vapeurs grotesques d’en bas ne m’envahiront plus. Il ne restera plus que courir sur l’arc-en-ciel pour ne plus rien manquer, pour ne plus rien regretter. Je grimperai cette côte magnifique. Les lignes pastelles m’enivreront. Je m’accrocherai, alors, au vert, au bleu, au rouge …

En haut, ma cavale verra cette terre qui semble, pourtant, si belle.

Et comme sur le toboggan de mon enfance, je glisserai sur l’autre versant de ce chemin coloré pour disparaître et plonger dans le trésor caché que l’on ne peut trouver. Celui dont tu m’as tant parlé.

Je veux jouer, prendre ce toboggan et récolter les couleurs pour revenir illuminer le monde.

C’est une bonne idée ?

Dis-moi mamie, envoie-moi un signe d’où tu es …

Charly

De ONE LOVE à EDEN KARMA87

S’endormir

Inévitablement, le soleil se couche.

Indubitablement, la lumière se tait.

Abominablement, la peur se dessine.

Le soir devient instant d’obscurité où l’espoir n’est plus. S’endormir pour aller vers la paix est l’utopie ultime d’un combat mené depuis déjà bien longtemps.

Ainsi, la vie m’a fait voguer au gré de ces couchers décadents de clarté.

Attendre désespérément le sommeil ne devenant que la seule issue d’un jeu dément. Je suis sur le quai de cette gare lugubre et je patiente pour ce train qui ne peut s’arrêter. J’espère, en vain, voir l’assoupissement descendre du wagon. D’heures en heures. D’arrivées en départs. De destinations en retards, je tourne et vire dans ce lit trop petit pour ma soif d’ailleurs.

Il y a eu ces crépuscules où la peur de se perdre dans la solitude m’enfermait pour ne plus me libérer. Je n’avais qu’à courir après la lumière où ils étaient en vie.

La crainte farouche de ne plus vivre me fit sursauter, ensuite, à l’époque où l’enfant se croit adulte.

Puis, vint le temps où j’ai pourchassé, par artifice, le désir suprême de ne plus penser pour se perdre dans le néant amer.

Durant quatre saisons, mon esprit m’a, alors, tenu éveillé pour me souvenir de son image et de la vie à ses côtés. L’attente dans le vide conscient anima des nuits tragiques.

Après les tempêtes, le calme revient toujours mais mes soirées n’ont été que doutes envers le beau et je n’ai fait que repousser ces minutes où il fallait guetter les rêves, seul, dans le noir.

Finalement, le tumulte heureux de mon clan me permit d’embrasser ces secondes avec grâce. Fatigué, fière et à sa place pour ne plus trembler face à la fin des couleurs. Satisfait et calme pour s’endormir avec ce sourire léger, prêt à éclabousser les anges de la nuit.

Je pouvais, alors, me laisser tanguer d’un songe à l’autre.

De ONE LOVE à EDEN KARMA86

Balayer devant sa porte

Les verbes annoncent des chemins mais les volontés se brisent sur les façades de nos maisons.

Ainsi, il devient aisé de se croire différent en jubilant du malheur de l’autre. A l’abri de son foyer, on peut facilement se défendre de la peur en se rassurant que l’obscurité détruit les sourires de ceux qui habitent en face. On se pense mieux que ce voisin qui pleure. On se soulage car le mal n’est pas sous son toit.

S’occuper du foyer d’ailleurs pour ne plus croiser ses démons cachés devient l’unique rempart à nos larmes.

Mais, la manière me semble très hypocrite car le malin sait toujours ressortir de sa prison.

Il faudrait, peut-être, balayer devant sa porte pour ne plus craindre la colère du temps. L’idée est noble mais la voie vers les cimes de cette montagne est amère, froide et terriblement trouble. Il faudrait oser avancer sans se retourner pour cette funeste simplicité.

Alors, balayons devant notre porte et évinçons ce curieux et viscérale penchant à se croire soulagé du mal de là-bas, heureux d’être mieux que celui qui plonge dans le noir.

Nous vacillerons aussi. Nous éclabousserons aussi les plages de la tristesse. Ne nous inquiétons pas. Les diables danseront avec nous…

Occupons notre esprit à l’amour de notre logis. Il est là … pas là-bas. Sachons en profiter pour ne plus le regretter.

Les volontés dressent des routes et les espoirs ouvrent nos fenêtres.

De ONE LOVE à EDEN KARMA84