Millions de coeurs

Mes mots au fil des jours …

Les cités d’or

On cherche les cités d’or, écumes aux lèvres et rage au ventre. On rêve de leurs couleurs, cœurs serrés et espoir déchu. On se voudrait voler dans le condor avec Esteban et Zia pour survoler ces rues où plus personne ne connaitra le besoin.

Et le monde change …

Tous à crier la justice, à hurler l’égalité puis à vomir la haine de celui qui aura plus, on balance nos nerfs sur une république qui tangue, se désunit … se désagrège.

Les bruits déchirent les songes et les vident de leur consistance.

On se voudrait riche et altruiste en recherchant désespérément une appartenance. Il y a ces stades, ces maillots, ces millions qui flottent devant nos yeux pour rayer nos rancœurs et effacer les opinions. On se cache dans les églises, les mosquées et les synagogues pour fuir, survivre et se croire encore vivant. Nos croyances sont mieux que celles du voisin et la tolérance écrite sur nos bibles s’évapore. Il n’y a plus de pudeur pour ces héros descendant de la colline de l’anonymat. Les rebelles cartonnés de combats inventés accompagnent ceux qui parlent plus fort et inondent les réseaux, chaines de nos prisons nouvelles. Les extrêmes grandissent car ils tendent les bras à la faiblesse de la peur. Rassemblement tricolore, talibans, ku klux klan, daesh … On revendique, s’imagine vaillant et les variants du virus font pétiller nos cocktails dopés aux additifs chimiques. Les débats se périment. On ne comprend rien dans ce vieux pmu où les voix se mélangent et ne s’écoutent plus. Celui qui sera le plus vus sera grand et celle qui sera la plus intelligente se cachera. Briller pour évincer l’idée comme slogan influenceur.

On a peur de tout car le verre est à moitié vide dorénavant. Face à ces odeurs de crainte, mon anosmie pourrait s’envier.

La liberté devient combat sans règles et big brother gavé de nos données personnelles explose.

Le matériel est maître et les sentiments sont faiblesses. Celui qui roule en Mercedes avec Rolex au poignet est beaucoup plus signifiant que celle qui, larmes aux yeux, s’enlisera dans les couleurs de la nature. Certains renient leur racine et la joie de la nation se déchire.

Je voudrais tendre les bâches, enfiler la tenue blanc immaculé et découper ce monde comme Dexter Morgan.

Que dirais-je à mes enfants quand ils voudront crier aussi ? Ils riront de mes utopies et de cette île où l’on tend encore la main pour aider et aimer. Dois-je leur dévoiler que le côté obscur a gagné ?  

Mon fils, mes filles, vous êtes nés dans ces cités d’or mais les murs se fissurent et la foule en colère s’enlise dans la folie…

Millions de cœurs 57

Rêverie sur la plage

Le soleil me cuit la peau à peine humide et je ressens les brulures légères de cette reine des journées d’été. Mes récents plongeons ne sont plus que des souvenirs et j’ai déjà bien chaud. Assis sur la plage, à même le sable, mon dos fait barrage aux assauts démesurés de la saison. Ça pique comme si je grillais sur un timide barbecue.

Je rêve à moitié, je dors éveillé et somnole endormi…

Le bruit qui m’entoure devient distant. Il me rappelle l’ambiance tamisée des musiques tapissant les salles d’attente. Les gens sont près de moi mais ils demeurent lointains de mes songes. Je perçois les cris, les rires et toutes ces discussions joyeuses des vacances attendues depuis les confins de l’hiver. Les clapotis de l’eau sur le monde bercent mon hypnose. L’ensemble est une symphonie discrète qui apaise mes sens.

Je suis un peu bronzé et emmitouflé dans des pensées qui n’ont besoin de rien…

Sur l’instant, dans la contemplation. Ailleurs et ici …  Présent et absent … Avant et après…

Je rêve sur la plage.

De ONE LOVE à EDEN KARMA99

Une nuit d’été dans la tente

Le feu est éteint et le télescope dort désormais sous le toit de la maison. Les chamallows se digèrent lentement et les milkshakes s’oublient déjà. Elle nous souhaite de beaux rêves, nous confiant à la nuit étoilée.

Je fais glisser la fermeture éclair de l’entrée de la tente et le doux bruit de fer frottant la toile nous coupe du jardin.

Les lumières se brisent et les derniers mouvements avant le sommeil se désistent à la vie de la journée. Un sourire et je convie mes filles à la nuit.

Elles s’endorment paisiblement et je ressens leur respiration ralentir. Elles rêvent maintenant de leurs heures emplies des jeux arrosés par la piscine.

Je suis tout seul dorénavant. Les quelques rares voitures qui éclairent brièvement les lieux ne seront bientôt plus que des souvenirs. Le calme s’invite dans notre nid.

Mon esprit s’imagine mais ne se perd pas dans de doux rêves. Je suis le protecteur de leurs songes et je ne dois pas fléchir dans le néant car cette obscurité ne dévoile pas les démons. Je deviens ce bouclier parade de tout ce qui pourrait …

Un oiseau perdu dans le ciel noir crie de son obscure solitude.

Un sursaut dans la haie me met aux aguets.

Des feuilles qui se frottent me voient frémir.

Le chien voisin aboie pour une raison inconnue.

Le vent discret fait vaciller la toile de tente.

Des portes lointaines claquent et révèlent des actes cachés.

Les animaux des champs s’éveillent.

Je divague et me crois ailleurs. Tout bascule alors et mon élan de garde se mue en apaisement…

Je les regarde, j’écoute la nuit et ressent l’été.

Je m’élève enfin pour rejoindre mes enfants dans le royaume du beau.

La chouette chante et une étoile filante éclaire le ciel. La grande ours frôle bientôt l’horizon et le silence enlace notre tente. Les âmes du village sont dans ce royaume qui s’oubliera au réveil.

Dans notre tente par une nuit d’été …

De ONE LOVE à EDEN KARMA100

Rêve d’éléphant

J’ai partagé son rêve de chien et j’ai vu, de loin, le rêve d’éléphant de Clara.

Partie un matin ensoleillé ici et couvert de nuages doux là-bas, elle nous a dit en revoir et son sourire impatient de l’inconnu nous a fui… une tata et un tonton pour lui offrir cette surprise de vivre le rêve révélé depuis si longtemps.

Et on l’a revu quelques heures après au travers de l’image pour que sa voix nous rappelle qu’elle passera cet instant…

On lui dit alors qu’elle va croiser la route de Beiby … trois tonnes, un âge certain, des défenses d’ivoire et des oreilles volantes. Une histoire obscure l’accompagnant pour souligner l’amour à lui témoigner.

SAMEDI 21 AÔUT 2021

«    –  Tu vas rencontrer Beiby !

Tu vas la nourrir …

A ton avis, qui est Beiby ?

  • Un éléphant ? »

Et ma fille qui n’ose croire en cette folle idée, chuchote cette réponse avec une voix discrète, fluette.

Elle ne pouvait se convaincre qu’elle allait rencontrer l’animal qui l’attirait tant.

«    – Oui c’est ça !!! »

Parée de ces mots, elle se transit de bonheur et son regard s’inonde de larmes qui ne coulent pas encore. Ses pupilles se dilatent et ses yeux peignent un vert clair heureux. Le teint ravi, elle se lève, se dandine, se tortille, frétille avec des mains qui ne savent plus que faire. Accepter des entrailles qui crient de joie. Clara hurle avec discrétion.

Je l’observe ouvrir les portes de son rêve. Elle est si loin mais si proche du cœur.

Allez ma fille ! Cours ! Fonce dans ces heures qui marqueront à jamais ta vie.

Croise Beiby et chuchote-lui à ses grandes oreilles que ton rêve est là…

Ses secondes sont les tiennes et tu nous les raconteras…

Millions de cœurs 56

Mélancolie

Ce matin de septembre.

Cette soirée sur le parking.

Ces heures à attendre.

Ces notes de guitare électrique.

Ces mélodies.

Ces victoires.

Ces défaites.

Ces lendemains sombres.

Ces larmes.

Ces rires.

Ces naissances.

Ces insomnies.

Son regard.

Ces quatre saisons.

Cette été là.

Les échecs.

Les arcs-en-ciel.

Les couchers de soleil sur l’océan Indien.

Les silhouettes hurlantes de mon clan.

Ces animaux.

Je te prends la main pour valser à tes côtés, danser, flirter et te frôler pour me sentir vivant.

Douce mélancolie, tu sais airer dans mon cœur avec passion. Tu inondes mes yeux de larmes mais je te veux pour jouer avec ces souvenirs et figer mon existence dans l’azur de la fabuleuse poésie des heures.

Tu étendras mes instants sur le fil des jours et je vais pleurer ou rire ou crier ou sourire … espérer que rien n’aurait pu être mieux.

Mélancolie, tu me fais aussi peur car si loin de ces moments perdus par le temps. Tu me rends triste car de plus en plus proche d’un dénouement. Tu m’apaises, cependant, au rythme des aléas de décennies. Tu es mon étrangère qui règne sur un passé sans le froisser. Tu me plaques avec force contre le temps qui passe tout en m’embrassant dans le somptueux.

Je ne pourrais jouir de maintenant si je renie ce qui m’a construit. Tu dois, alors, m’accompagner chaque jour pour que je puisse réaliser que le présent est si important.

La mémoire que ce fût magnifique pour pleurer de ces instants aux couleurs splendides.

Mélancolie, je veux danser avec toi pour encore de nombreuses années.

De ONE LOVE à EDEN KARMA97

Maya

Un matin, on t’a vu gratter à notre fenêtre, toi, celle d’à côté, féline chatte du voisin. Tu n’étais qu’un bébé et tu as fait de notre Eden ton territoire.

Mon ainée te regardait craintive et sa sœur n’était que nouvelle habitante du monde.

Et puis tu es partie de ce lieu où les souris emplissent les champs.

La grande jouait avec la petite sœur et la maman voyait son ventre grossir.

Un dimanche d’automne, tu es revenu et nous t’avons accueilli. Notre maison est apparue comme ton foyer … pour toujours.

Tu n’étais plus l’invitée mais un cœur de plus dans notre clan.

Clara tentait de te caresser.

Mélina craignait ton agilité.

Samuel t’ignorait du haut de son landau de bébé.

Maya de chez nous.

Maya la sixième bougie des soirées du 8 décembre.

Maya la chasseuse aux mille trophées laissés devant la porte comme gage de reconnaissance.

Maya la discrète.

Maya l’indépendante qui conjuguait si bien le mépris et l’amour.

Maya qui calmait mes peurs.

Notre douce compagnie.

Tu étais de ceux qui n’appelle pas à la palabre et ton regard couvrait tous les discours. Tu te frottais sur mes mollets, miaulait et ronronnait quand on titillait le côté de ta tête.

Tu as su lui apprendre le pouvoir des tiens. Tu as pu lui témoigner tant d’affection en te blottissant contre elle.

Tes mouvements n’étaient que grâce silencieuse. On t’apercevait dans la haie pour te voir dormir sur la terrasse, si proche de nous, à veiller … Le soir, tu t’allongeais sur le dos pour prouver de ton assurance heureuse et on pouvait se joindre à toi. Ton profond et si lointain regard nous appelait à l’amour.

Hier, la grande osait te diriger, la cadette te câlinait et le petit frère tentait de jouer avec tes yeux émerveillés et protecteurs.

Aujourd’hui, tu es partie dans nos cœurs en revenant d’une nuit d’aventure.

On t’a dérobée à notre clan et notre tristesse ne peut pas être plus grande.

Maya de chez nous.

Maya notre chat…

Je ne sais ni où ni comment mais tu croiseras peut-être deux chiens de notre enfance qui courent encore dans nos souvenirs. Fais attention à toi mais passe-leur le bonjour de notre part et partez danser dans nos mémoires.

Maya … on t’aime.

De ONE LOVE à EDEN KARMA98

Lui offrir des fleurs

Si j’offrais des fleurs à la reine du château.

Quelques grammes de couleurs délicates qui sauront agrandir nos sourires.

Hortensia fuchsia.

Violette mauve.

Dalhia blonde.

Orchidée bleue.

Marguerite jaune.

Tulipe grenas.

Coquelicot rouge.

Pivoine rose.

Et la Rose magnifiquement pourpre.

Un bouquet assorti de mots tendres qui appelleront des instants éphémères et intenses pour dire « je t’aime ».

Je ne peux pas perdre ce regard et je me crie qu’il serait tragique d’éparpiller mes souvenirs au gré de mes remords. Je dépasse, alors, le temps pour aller en ces lieux où son sourire illumine mon âme.

Une fois le royaume respirant, il y aura assez de passion pour rappeler que nous n’avions que de cinq minutes sur un banc pour se sentir vivant. Je veux, ainsi, l’accompagner dans les bras de ces heures qui s’égrènent pour figer son cœur sur le mien.

Il faut croire en ces pétales colorés qui rendent l’amour sacré.

Et contempler ce regard car je ne dois, surtout, pas oublier qu’un jour, elle a offert à ma vie toutes ces lumières inconnues de mon existence. Sa flamme a éclairé mes espoirs pour qu’il éveille mon cœur à la beauté.

Celle que je n’attendais pas mais celle que je rêvais.

De ONE LOVE à EDEN KARMA96

Journal de la plage

1er jour :  Samedi 10 juillet 2021, 16h55, Plage d’Omaha Beach, Normandie.

Une pluie délicate rafraichit nos visages et le ciel sombre affronte un sable gris foncé. Les vagues se discernent à peine car la marée a repoussé les eaux au plus loin. Les mouettes accompagnent nos regards émerveillés par les lieux. Nous serions mieux près du feu, dans la chaleur du foyer, mais la plage, si grande aujourd’hui, nous ouvre pour s’amuser sans se bousculer des ennuis. On l’attendait depuis si longtemps. Les gouttes arrosent avec tendresse sa chevelure, les enfants courent autour de nous, les voix s’élèvent et les échos de leur joie de revoir la mer ne se dissiperont plus.

Nos regards se croisent alors et une folie joyeuse nous envahit. On court et les cris raisonnent pour laisser les passants sourire face à cette insouciante joie. Il n’y a personne dans l’eau mais on s’enfuit, à peine déshabillés, dans une baignade inconsciente. On se jette dans la mer sans penser à l’après frileux. On est trempé mais heureux. On se balance dans l’eau, on plonge dans les vagues. La manche n’attendait que nous. On s’éclabousse de joie et l’écume pétille pour nous laver de nos peurs.

On ressort avec ce froid très joyeux et il faut, maintenant, vite rentrer pour se réchauffer. Le soleil n’est pas venu mais nos cœurs ont éclairé la plage. Les mouettes semblent surprises de nous voir perdre la raison. « C’était trop bien de faire n’importe quoi papa ! ».

Un instant de démence douce à s’amuser et perdre pied dans la vie terne de ceux qui attendent.

Mardi 13 juillet 2021, 18h30, Plage de Saint Cast-le-Guildo, Bretagne.

La plage se baigne du soleil couchant. Les ombres deviennent grandes et le sable presque rosé. Les coquillages se parsèment ici et là de leurs couleurs et formes de tous les âges. Pierres magiques et reliques anciennes pour combattre l’obscurité fondent une cité d’or ancestrale.

Elle est à mes côtés. Elle est plus loin. Il se bat avec les lumières du soir. Nous devenons aventuriers en quête de ces trésors que nous trouverons qu’ici. Le silence nous berce et nos sacs se remplissent. On parcourt la plage sans se gêner, sans se parler et en se regardant à peine. Les secondes se transforment en heures et le temps se fige. Nous devenons peinture. Une aquarelle aussi belle que simple, aussi naturelle que mystique … Il y a nos sourires et le partage de ces joyaux.

Samedi 17 juillet 2021, 16h00, Plage de Port-Marie, île Chausey.

L’aire est juste chaud tant le vent frotte notre envie. On s’approche de l’eau et déjà le froid vient se heurter à cette joie enfantine des premiers jours. Nos pieds se perdent dans la mer et les frissons nous parcourent. Ses larmes l’assaillent. On devient guerriers sans peur et nos corps s’oublient dans la Manche. On ressort le souffle court et les yeux étourdis. Il fait si froid dorénavant.

Même le bleu émeraude qui entoure ces rochers millénaires ne pourra parvenir à ôter la chair de poule de nos corps.

« Viens papa, on retourne dans l’eau ? ». Allez ! on repart.

Dimanche 18 juillet 2021, 15h00, Plage Pen Guen, Bretagne.

Elles dévoilent l’art subtile du « splash on the rocks ». On ne sait plus comment ce nom est né mais on franchit si vite les limites de notre enthousiasme. L’eau est si chaude aujourd’hui. On s’enfuit dans la mer avec cette joie qui nous verra bientôt dompter les « splash on the rocks », jeu qui n’appartient qu’à nous et qui nous suit en tous lieux.

Je les jette dans l’eau. Elle vole, semble léviter puis plonge dans la mer. Sa sœur s’élève et ses cheveux s’étendent par-delà la plage immense. Chacune leur tour, elles réalisent des bonds de géants pour éclabousser leur père qui voit sa force diminuer petit à petit. Il les lance avec des sourires, elles volent avec des rires. Elles font lever la mer et l’écume inonde nos visages.

L’art discret du « splash on the rocks » est à nous … Et nous le dévoileront pas …

« On retourne faire des splash on the rocks » ?

Et la plage devient son terrain de jeu de plus en plus grand au fil de la marée. Il devient dinosaure, cuisinier, arroseur et architecte pour de tout petits châteaux sans murs. Il court le sourire aux lèvres. Parfois, il déposera délicatement ses pieds dans l’eau mais repartira aussitôt pour de nouvelles aventures… la mer est encore trop froide pour ce petit cœur.

Dimanche 18 juillet 2021, 22h00, Plage du Rougeret, Bretagne.

La mélodie des vagues sur le rivage berce notre contemplation. Le silence devient le maître d’orchestre de notre instant et nos yeux se fixent sur le couchant. Le soleil se noie dans la mer et les couleurs valsent fabuleusement. Il laisse échapper une trainée de son feu si chaleureux sur la plage humide de la marée. Le jaune devient rouge puis orange puis rose puis tellement doux que les teintes ne sont plus à même de se décrire. Nos regards se perdent là-bas… Le coucher du soleil est magique pour ceux qui croient encore en la beauté de la nature. Et de l’autre côté, notre étoile se lève pour d’autres regards émerveillés.

Lundi 19 juillet 2021, 17h30, Plage Pen Guen, Bretagne.

Je sors de l’eau avec mes filles et ce cours de natation si important pour leur coffre à souvenirs. On la rejoint. Elle attend avec le petit et ce câlin de famille se transforme en « loup touche touche ». On court, rit et dépasse la mauvaise fois en riant de plus belle. Il nous suit dans nos échappées aux trajectoires désordonnées et joue, pour de faux, avec nous. Il n’y a plus que notre clan sur la plage. Nous sommes seuls… nous sommes heureux…

Mardi 20 juillet 2021, 15h30, Plage du Saussaye, Bretagne.

Le temps pour enterrer et ne laisser que leur tête dépasser est ancien, le sable connait dorénavant d’autres vertus beaucoup plus artistiques.

Elle me regarde et le défi devient si joliment attrayant. Quel château de sable sera le plus beau ? le sien ou le mien ?

Le duel voit nos artisans ouvriers se démener derrière nos ordres joyeux. On ne parle plus car les adversaires ne sont plus amis. Elle scrute mes fondations et j’inspecte ces remparts. Je rigole et glisse par un hasard fâcheux sur ces tours. Elle jette sans le vouloir de l’eau sur mon pont-levis. Elle me sourit. Nos enfants jouent de notre amoureuse compétition et chacun donne un avis sans gêne sur nos créations.

J’ai fait le plus beau des châteaux de sable. Non ! C’est peut-être le sien finalement … 

Dernier jour : Jeudi 22 juillet 2021, Plage Pen Guen, Bretagne.

14h30 … On marche dans une eau transparente qui nous donne cette illusion de naviguer dans un aquarium. On aperçoit des crabes craintifs qui glissent si vite pour disparaître. On croise des bancs de petits poissons que l’on tente maladroitement d’attraper avec nos sauts futiles. Les mouettes nous surveillent et le temps s’en va …

16h30 … Je suis assis sur le sable à contempler mon clan. Elles jouent dans l’eau, sourires au corps et bonheur au cœur. Il est à mes côtés à se créer des tas de sables devenus œuvres d’art des âmes de deux ans. Le vent effleure mon visage avec une délicatesse si bienveillante qu’il pourrait presque me convaincre de m’endormir. Je somnole de joie face à ma vie que m’octroie les miens. Je suis serein…

17h00 … Il se lance enfin à l’assaut de la mer. Mais son sourire me laisse croire qu’il ne serait que mieux dans les eaux plus chaudes de notre piscine…

La Manche revient vers nous et la marée recouvre l’immense plage. Les profondeurs ne se discernent plus dans car tout se trouble. Les nuages parsèment maintenant le ciel et le sable se fonce. Comme sur la palette que le peintre lave à chaque fois qu’il clôture son art, les couleurs s’enfuient. Les teintes ne brillent plus.

On s’en va et l’instant se mue en souvenir.

Sur ces plages, il y avait quelques coquillages, un soleil mythique, du sable de toutes les couleurs, un peu de vent, cette immensité qui fait écho à nos joies, ma famille et … la beauté éphémère qui rend si heureux.

Pour ne plus chasser ce temps.

Ne plus oser croire d’aller contre l’impermanent.

Ne plus tenter de souffler plus fort que le vent.

Millions de cœurs 55

Frères de 8.6

Un jour, on réalisera un film. Un jour, on écrira nos hystéries pour couvrir la page de toutes ces anesthésies naïves qui rendent aux sourires la bienveillance des gens heureux.

Alors, de ces aventures à ces rires qui nous font perdre la voix, on chante et boit pour jouer avec les sentiments de la vie.

De bars en bars pour assouvir notre soif d’être vivant et tellement plus encore, on croise des êtres mi-merveilleux, mi-étonnants qui seront nous faire côtoyer l’improbable. On s’enfuit là-bas, ailleurs, sans crainte de la rage ou de la colère. On trinque à nos envies avec ces verres qui ne sont que le trait d’union de l’amitié. On s’use à en perdre la foi pour je ne sais quelle raison. Ainsi, il y a ceux qui sont moins que nous et qui s’en vont comme des rois, et il y a ces frères qui, incapables de s’arrêter, s’éclipse dans ces instants qui ne s’oublient pas.

Frères de 8,6, amis alliés pochtrons, la bière inonde nos âmes.

On se réveille fragiles au cœur de ces matins d’errance qui n’attendent que le retour de l’éclairci pour rendre les couleurs de nos cœurs. On veille cette tournée qui nous refera vivre à la folie. On patiente avant de renaître de cette gorgée qui rend confiance et tellement plus encore.

Excessifs, dépendants, amoureux et beaucoup moins sage que la plupart nous seront toujours assez vaillants pour espérer accrocher ce beau qui passe si vite.

Merci à mes frères de 8,6.

Des escaliers pour la lune, en passant par les chaussettes cachées…

A toutes ces histoires perdues entre deux verres.

Millions de cœurs 54

Revoir la mer

Quand j’étais petit, elle était toujours derrière la montagne comme le disait mon père. Nous n’étions pas si proche de son bleu envoûtant et j’attendais alors, cette déesse de la nature qui savait toujours éblouir mon regard. Il y avait le ciel et sa couleur ambrée par les dorures du soleil. Je courais vers ses plages et je sentais son odeur de sel. Le bruit de ses vagues me berçait et je venais me perdre dans les rêves avec le sourire naïfs de ceux qui profite des secondes de l’insouciance.

Elle est parfois sombre et ténébreuse quand la tempête s’approche. Elle est si souvent azur et emplie de ces diamants de lumière du soleil se reflétant. Transparente et calme. Tumultueuse et rythmée par ces vagues qui font perdre le sens du temps, la mer me ravive cette odeur perdue qui ouvrait mon cœur sur ces journées de vacances. Cette saveur salée qui émoustillait mes lèvres quand je me perdais dans ses profondeurs me replonge à l’aube de ces heures où il n’y avait qu’elle et moi. Le soleil s’enfuit parfois au-delà de son lointain et nous sommes les témoins du spectacle de couleurs qui charme nos sens. Son pouvoir est infini, sa force dantesque. Le matin, elle s’éloigne puis se rapproche à l’orée du couchant pour perdre les rochers. Elle repartira pour revenir encore et nous offrir le rythme sage de la nature.

Elle berce mon cœur si tendrement. J’ai besoin de son immensité.

Depuis, j’ai partagé celle qui a su, si vite, figer le beau de nos vies.

Nous nous sommes éclaboussés de l’écume de son ressac. Ses côtes nous ont fait découvrir les animaux extraordinaires qui vivent avec elle. Je les ai fait plonger et leurs visages ont illuminé la plage.

Parfois je me perds en la contemplant. Elle m’inspire et éclaire mes idées les plus obscures. Elle rend le sourire silencieux des heureux et nous envoûte sans nous aliéner.

Et là-bas, à l’horizon de nos vues, quand le ciel se jette dans ses profondeurs et que le soleil se noie dans ses vagues, il y a des ailleurs qui nous regarde aussi sans nous voir.

Immense et indomptable, magnifique et féroce, elle sait se glisser dans mes souvenirs.

Elle me fera imaginer des mondes éblouissants. Elle m’hypnotisera dans des songes alcalins où des poissons arc-en-ciel dansent par une mélodie silencieuse et passionnée.

Invité de nos vacances…la belle inconnue que tout le monde connait.

Que l’on soit enfant ou grand … mer ou océan.

On va aller te regarder et … rêver, jouer, plonger, nager, courir …

De ONE LOVE à EDEN KARMA95